Presse - 2009 - Août - L'officiel

Marion Cotillard

Croisée dans nos pages au sortir d'une adolescence gouailleuse, Marion Cotillard, star fascinante, est aujourd'hui la femme fatale que le monde entier nous envie ! L'héroïne de Public Ennemies, dernier film de Michael Mann, s'est prêtée au jeu des essayages pour L'officiel.

L'année 2009 est celle du retour pour Marion Cotillard. Deux ans après son interprétation époustoufflante d'Edith Piaf dans 'La Môme', elle sera à l'affiche de trois films d'ici la fin de l'année : 'Le Vol du Lancaster' de Karim Dridi, la comédie musicale 'Nine' et son casting de stars (Daniel Day Lewis, Nicole Kidman, Pénélope Cruz, Sophia Loren, ...) et 'Public Ennemies' de Michael Mann. Dans ce long métrage, elle incarne Billie Frechette, petite amie de John Dillinger (interpété par Johnny Depp), l'un des plus célèbres gangsters de l'histoire des Etats-Unis, qui sévit dans les années trente avant d'être abattu à 31 ans. Avant la sortie de ce film, Marion Cotillard nous a reçus pour parler cinéma bien sûr, mais aussi mode, Etats-Unis, désert, ...

Comment se retrouve-t-on à jouer 'Public Ennemies' avec Johnny Depp ?

Michael Mann a demandé à me voir après avoir vu 'La Môme'. Lors de cette première rencontre, il m'a donné beaucoup d'informations sur Dillinger et ses ces années trente où se déroule l'action : le livre qui a servi de base au projet, des journaux anciens, de la musique et des films ('Baby Face' de Barbara Stanwyck) que Billie Frechette aurait pu écouter ou voir à l'époque. Je m'y suis plongée avec passion... et j'ai eu la chance d'être choisie.

Que raconte 'Public Ennemies' ?

Ce film raconte tous les gangs de ce début des années trente - Bonnie and Clyde, Dillinger, Ma Barker, ...- dans la région de Chicago, qui motivèrent la création du FBI, dont la mission est de mettre fin à leurs agissements. Au milieu d'eux, John Dillinger a une personnalité étonnante : un voyou avec énormément de goût et de classe.

Et qui est Billie Frechette ?

Sa petite amie. Elevée dans une tribue indienne, elle est partie gagner sa vie à Chicago. Elle a été engagée comme vestiaire dans un club où elle a rencontré Dillinger lors d'une soirée. Et elle est tombée amoureuse de ce voyou, sans jamais participer à ces exactions.

Quelle était la plus grosse difficulté sur ce tournage ?

L'accent de mon personnage. Je savais que, malgré tous mes efforts, il me resterait toujours une pointe d'accent français. J'ai travaillé dessus durant quatre mois, tous les jours. Un travail purement technique qui consiste à trouver une manière de placer sa langue, sa mâchoire, sa tête et son buste. Et acquérir ainsi l'accent tonique propre à ce parler très chanté. Mais ce défi était perdu d'avance, ce qui énerve la perfectionniste que je suis. Et c'est un autre perfectionniste, Michael Mann, qui m'a ramenée au coeur de l'âme du personnage, en insistant sur tout ce que je pouvais lui donner sans cette perfection technique.

Etes-vous angoisée quant aux réactions à venir sur votre prestation, alors qu'on ne vous a pas vue à l'écran depuis deux ans ?

J'avoue y avoir pensé voila peu. Et, pour être honnête, ça m'a fait peur. Je me suis donc dit qu'il fallait chasser ce genre de pensées qui allaient m'éloigner de la belle réalité que j'ai la chance de vivre. Je n'ai pas envie d'être polluée par un stress qui viendrait d'une questionnement sur ce que l'on pense de moi. Je veux m'en protéger.

Comment ?

En ne lisant pas les critiques. Je ne suis pas naturellement détachée des avis sur mon travail. Quand je joue, j'ai forcément envie d'un retour. Mais je préfère écouter celui des gens de mon entourage...

Depuis deux ans, vous avez eu l'occasion de vivre beaucoup aux Etats-Unis. Qu'est-ce qui vous séduit dans une ville comme New-York ?

J'adore cette ville, énergétiquement enrichissante. Il y a tant de cultures mélées, de beauté architecturale... Cet endroit me grise.

Quels sont vos quartiers préférés ?

Le Meatpacking, le Lower East Side... Je me sens bien dans ces quartiers. Et j'ai été frapée par l'ouverture d'esprit des New-Yorkais, leur envie de découverte et d'action est très communicative.

Et quel regard portez-vous sur Los Angeles où vous avez aussi beaucoup séjourné ?

C'est autre chose. Chacun de mes séjours là-bas est un grand souvenir car il est associé à de magnifiques rencontres avec des gens que j'admirais par grand écran interposé. Mais si j'adore Los Angeles, je ne pourras pas y vivre. Pour travailler, c'est un endroit extraordinaire, les Américains ont une telle culture du travail ! Le mot 'vacation' -vacances- n'est presque jamais employé. Si je devais vivre là-bas, en tant que Française, il me faudrait des 'vacations', même si l'endroit est sublime -Malibu, les dauphins, les baleines que l'on peut voir depuis la plage. Le bassin d'Arcachon me manquerait trop !

Là-bas aussi vous avez des coins favoris ?

J'aime bien Venice. J'ai aussi un beau souvenir de la maison que j'avais louée à Santa Monica pour les Oscars, et où j'avais pu faire venir ma famille et mes amis de Paris.

Est-ce que, depuis l'Oscar justement, vous avez senti que le regard des gens sur vous a changé ?

Pas vraiment. La seule chose qui a vraiment changé, c'est que, n'étant pas souvent à Paris, je vois moins les gens que j'aime. Mais j'ai toujours autant de bonheur à partager avec eux ce qui m'arrive. pour le reste, mes différentes aventures professionnelles me procurent des joies fulgurantes et se mêlent évidemment à la "vrai vie", la vie intime, en l'enrichissant. Tout est lié. Mais je ne sens aucun changement dans l'authenticité des rapports que j'entretiens avec les gens.

Vous allez bientôt retourner aux Etats-Unis pour tourner sous la direction de Christophe Nolan, au côté de Léonardo DiCaprio. Qu'aimez vous chez ce cinéaste ?

C'est un des rares réalisateurs, aux Etats-Unis, à écrire ses films, même 'The Dark Knight'. J'aime les gens qui, comme lui, sont intégralement dans ce qu'ils font, jusque dans le moindre détail.

Quels sont vos coups de coeur récents au cinéma ?

'Milk'. Je suis sans voix devant la performance de Sean Penn et la mise en scène de Gus Van Sant. J'ai aussi adoré 'Rachel Getting Married' pour cette même façon de filmer qui vous propule au coeur d'une intrigue. Mais mon dernier coup de coeur a été 'Slumdog Millionaire'. J'ai vu ce chef d'oeuvre trois fois et il m'a complétement happée. Il faut aussi remercier Danny Boyle d'avoir permis l'émergence de Freida Pinto. J'ai eu l'occasion de la rencontrer et c'est une femme sublime, intelligente, qui débarque dans ce monde avec une joie et une sagesse fascinantes.

Ce film a fait carton plein aux Oscars auquels vous assistiez. Quelles images en gardez-vous ?

Celle des enfants de 'Slumdog Millionaire' et leur enthousiasme.

Vous étiez sur scène pour remettre son oscar à Kate Winslet. Qu'avez-vous ressenti à ce moment-là ?

J'ai vu tous ses films. C'est l'une des plus grandes actrices d'aujourd'hui. Et elle est vraiment extraordinaire dans 'Les Noces Rebelles' et 'Le Liseur'. Cette soirée fut magique. Sur scène, avec moi, il y avait aussi Sophia Loren et Nicole Kidman, avec qui je venais de partager des moments intenses sur 'Nine'. Penelope (Cruz) que j'ai aussi découverte sur ce tournage était elle-même nommée, et j'étais sa première fan... J'ai donc vécu cette cérémonie en supporter, souhaitant les vicoitres de Penelope et Kate... qui ont gagné !

Vous retrouver sur les tapis rouges, est-ce que vous vivez cela comme un amusement ou une corvée ?

Ce n'est pas ce que je préfère ! Mais je suis heureuse d'avoir enfin trouvé une forme de détente dans cet exercice, car le tapis rouge, ce ne sont pas que des photos, ce sont aussi des interviews filmées. Or, on y parle plus de mode que de cinéma. Et cmome ce n'est pas le sujet sur lequel je suis la plus intelligente (rires), cet exercice n'a rien de simple pour moi. Mais il y a évidemment pire dans la vie !

Vous parliez mode. Quels sont les créateurs dont le travail vous séduit ?

Grâce à ma collaboration avec Dior, j'ai rencontré john Galliano, qui est une personnalité exceptionnelle. Mais j'ai du mal à avoir une reflexion sur la mode comme sur un film, un livre ou un tableau. Ou encore sur l'art culinaire où je vais m'amuser à dénicher des nouveautés car j'aime beaucoup manger ! Ca ne m'empêche pas de trouver ce monde de création assez fascinant.

Que trouverait-on dans votre vestiaire idéal ?

Je n'ai pas de dressing chez moi... Dans l'idéal, j'y mettrais des choses qui durent : jeans, T-Shirts, ... Des vêtements simples, confortables, éthiques et beaux.

Et pour sortir ?

Je m'appuie sur des gens qui ont la curiosité de ça. Grâce à eux, je découvre de nouvelles manières de voir la mode. Quand je dois aller à des événements, je suis assez fidèle à certaines créateurs dont j'ai suivi l'évolution au fil des années, tel Gaultier ou Elie Saab. Dernièrement, j'ai vraiment découvert ce que font Saint Laurent et Lanvin. Et je trouve ça sublime.

Et du côté des bijourx ?

Ce qui m'importe c'est le côté éthique - le processus pour les fabrication n'est pas toujours très sain. Je collabore depuis longtemps avec Chopard car ils font très attention à cet aspect. Mais je ne porterai jamais de rubis par exemple, parce que 90% de son commerce provient de Birmanie qui n'est pas vraiment un modèle de démocratie.

Enfin, vous qui rentrez tout juste d'un tournage de plusieurs semaines dans le désert pour 'Le Dernier vol de Lancaster' de Karim Dridi, quelles images en gardez-vous ?

Le désert. C'est la première fois que je me retrouvais dans un environnement aussi vaste, enivrant, paisible et rude. C'est comme la mer, à perte de vue, avec des vagues et mêmes des poissons -celui des sables... Les marins parlent de l'humilité qu'ils ressentent face à la mer parce qu'ils sont moins forts qu'elle. J'ai eu la même sensation face au désert. Avant ce film, j'ai beaucoup lu Théodore Monod, et c'est précisément tout ce qu'il raconte. C'est d'ailleurs compliqué de parler du désert quand on a lu des gens qui en parlent si bien.

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